Lors du dimanche de la santé nous portons dans nos prières celles et ceux qui, au quotidien, du fait de leur métier ou bénévolat, veillent sur les malades, les soignent, les visitent, les réconfortent, les entourent d'affection et de délicatesse. L'occasion pour nous de les mettre en valeur et d'écouter le témoignage de Céline qui œuvre aujourd'hui, comme animatrice au sein du Village Répit Famille et du Centre du Haut de Versac.

« Bonjour à tous, je me présente : je suis Céline l'animatrice ; oui, c'est ainsi que je me présente devant mes collègues et devant mon public : pas de nom de famille, juste l'intitulé de mon métier. Quand j'exerce celui-ci, je m'oublie moi, pour ne penser qu'à mon travail : donner un souffle de vie, un peu de légèreté et du bonheur !

Je vous confie également, que je suis croyante : baptisée, communiée, mariée, croyante, mais non pratiquante ; bien que, mon cursus professionnel, prouve que la religion m'a toujours suivie : Castel Saint Joseph, association Saint Vincent de Paul, Fondation des Apprentis d'Auteuil, collège privé catholique La Providence Nazareth. Je pratique ma religion dans mon métier et dans ma vie de tous les jours, par des actes de la vie quotidienne. Mon métier est une vocation, j'ai toujours aimé les gens, sans faire de différence, de distinction entre catégories sociales, couleurs de peaux, d'âges ou d'apparences.

Je vais vous raconter une petite histoire, une histoire vraie, un souvenir. Je me souviens d'un dimanche matin, j'avais six ans à peu près, 1,50 F en poche que mes parents m'avaient donné pour la quête et des friandises, nous allions à l'église (tous les dimanches), Je m'étais fait un ami, un monsieur sans domicile fixe, que je trouvais très gentil, souriant, mais que tout le monde semblait ignorer. Cela me faisait un peu mal au cœur, alors plutôt que de partager un léger sourire et un bonjour timide comme d'habitude j'ai décidé que tous les dimanches matin, quand je croiserais ce monsieur, je lui ferais un câlin. Ce Monsieur, surnommé Madelon, a pleuré et m'a dit : « Merci, tu me réchauffes le cœur ». Tous les dimanches il m'attendait pour notre rituel, notre petit bonheur. Il m'a surpris un matin en m'offrant une paire de boucles d'oreilles rouges en forme d'étoile, en me disant : « c'est ce que tu es pour moi, une étoile ».

C'est certainement à l'origine de ma vocation : ne pas laisser les gens seuls, ne pas être indifférent à leurs difficultés, savoir tendre une main vers l'autre. Je pense, que vous comprendrez que l'on n'apprend pas à être aidant, on l'est naturellement.

Animation vient du latin 'animare' qui se traduit par donner une âme, un souffle de vie. Toutes les activités proposées sont faites en ce sens, afin de créer un climat, un dynamisme au sein d'une structure d'accueil : l'animation fait partie des soins relationnels qui améliorent la qualité de vie des personnes présentes : un bonjour, un sourire, un « comment allez-vous aujourd'hui ? » Prendre le temps d'écouter, de s'intéresser à l'autre. « Tout mais pas l'indifférence, tout mais pas ce temps qui meurt, et les jours qui se ressemblent, sans saveurs et sans couleurs » (Jean-Jacques Goldman). Si vous n'existez pas dans les yeux des autres, si vous n'êtes pas connu, ni reconnu, si vous vous sentez invisibles, inutiles : vous mourez, car la VIE est faite pour être partagée. Les liens créés lors des activités renforcent la confiance en soi, l'estime de soi. Jouer ensemble au scrabble, à des quizz de culture générale, chanter ensemble, rire, être à l'écoute, pouvoir échanger sur nos différences d'opinions : tout cela est très enrichissant !...

Ce sont des moments où l'on oublie la maladie, c'est magique ! « Tu aimeras t'on prochain comme toi-même » voilà la règle de vie d'un soignant, d'un aidant, ne devrait-elle pas être celle de nous tous aussi ?

Être gentil aujourd'hui n'est plus un compliment, cela est devenu un défaut (trop gentil, trop naïf). C'est dommage. Malgré tout restons positifs et continuons à rayonner, à nous émerveiller.

Être au service des autres n'est pas facile tous les jours : épuisement physique, émotionnel et mental qui résultent d'un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes : les aidants ne sont pas hermétiques au stress, à la douleur, à la fragilité d'autrui et se sentent parfois impuissants face à certaines situations. Difficile d'oublier sa journée de travail de retour à la maison. Mais les malades nous donnent, par leur courage, une belle leçon de vie ! Nous ne remplaçons pas la famille même si les résidents parlent parfois de nous comme de seconde famille.

Les personnes gravement malades m'ont aussi appris que la mort n'était pas un sujet tabou, qu'elle faisait partie de la vie. Formée à l'accompagnement en fin de vie j'ai vu beaucoup de personnes mourir. À deux reprises j'ai accompagné deux dames qui souhaitaient ne pas être seules en fermant les yeux, pour leur dernier souffle de vie. J'étais là pour les rassurer, les apaiser. En quelque sorte ce sera le mot de la fin. »

Merci à Céline pour ce témoignage qui nous fait mieux comprendre ce métier combien difficile de soignant.